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   Critique
Portraits > John McTiernan
Date de naissance : 08 Janvier 1951
Pays d'origine : Etats-Unis
Sexe : masculin
Métier : réalisateur, ...
Sans trop se mouiller, on peut affirmer que John McTiernan est, encore aujourd’hui, le cinéaste américain le plus sous-estimé de la planète. Entre échecs publics (les dispendieux Last Action Hero, 13ème Guerrier et Rollerball) et Razzie Awards, il reste considéré outre-Atlantique, à l’image d’un John Carpenter, comme un simple faiseur variablement chanceux. C’est bien peu pour celui qui a redéfini les bases du cinéma d’action, secouant jusque dans ses fondements un genre gangrené.
Il donne l’impression, lui qui pourtant a encore aujourd’hui une décennie d’avance sur ses contemporains, d’être resté bloqué, commercialement du moins, dans les années 80. A l’image d’ex-gloires des eighties qui ont du mal à remonter la pente et s'enlisent dans des schémas narratifs répétitifs, il semble s’enfoncer peu à peu dans les limbes du box-office et du Development Hell. Comme s’il n’avait pas su négocier le virage des années 2000. Comme s’il se révélait incapable, à l’image d’autres mavericks du cinéma, de s’imposer dans un paysage hollywoodien qui semble ne plus vouloir de lui. Impossible d’évoquer sa carrière sans parler vulgairement de chiffres, lui qui a côtoyé plusieurs fois les cimes (notamment avec Piège de cristal, A la poursuite d’Octobre rouge et Une journée en enfer) avant de tomber progressivement dans l’oubli. Presque cinq ans qu’il n’a pas tourné! Cinq années qui ont suivi les échecs commerciaux du 13ème Guerrier ($61.000.000 de recettes dans le monde pour un budget inflationniste), de Rollerball ($25.000.000) et de Basic ($42.000.000). Il est loin le temps des 354 millions de dollars rapportés par Die Hard With a Vengeance (Une journée en enfer). Aujourd’hui, celui que l’on surnomme McT ne vaut plus un kopek. Ses projets tombent à l’eau les uns après les autres, les montages de ses films lui sont retirés (on se souvient avec tristesse de l’imbroglio qui a précédé la sortie de son Eaters of the Dead, devenu Le 13ème Guerrier, suite au remontage imposé par Michael Crichton), et il apparaît dans une obscure affaire d’écoutes illégales, au cours de laquelle il est entendu par le FBI. Le cinéma y perd l'un de ses plus prodigieux hérauts. Lui explique qu’à Hollywood, "une industrie dans laquelle le réalisateur n'est autre qu'un contremaître à qui l'on fournit des plans et un certain nombre d'équipements pour qu'il produise un objet manufacturé ", "ce ne sont pas les mains qu'il faut se salir, mais les lèvres". Classe… Mais sans doute vrai. Comment a-t-il pu en arriver là, lui qui s’imposait au fil des films comme le nouveau wonderboy du box-office ?

Tout ne commence pourtant pas trop mal pour cet ancien étudiant de l’American Film Institute. Fort du succès critique de Nomads, petit film indépendant mettant en scène Pierce Brosnan, McTiernan se retrouve aux commandes d’un authentique film épique et barbare, triomphe commercial qui tranche radicalement dans la carrière teintée d’humour et de second degré du chêne autrichien Arnold Schwarzenegger. Predator: un scénario de série Z (la jungle, des militaires, un extraterrestre invisible) pourtant écrit à l’origine par David Blade Runner People, un costume initialement rouge en mousse (incarné par Jean-Claude Van Damme), "un spectacle du samedi après-midi, un spectacle un peu à l’ancienne", comme le décrit le McT. Vraiment? Un spectacle à l’ancienne, c’est probablement ce qu’aurait réalisé Geoff Murphy, cinéaste qui quitte au bout de quelques semaines de travail un projet qui s’intitule encore Hunter. Débarqué précipitamment sur ce tournage initié par Joel Silver, producteur des Arme Fatale et des Matrix, McTiernan substitue au pseudo remake des Sept mercenaires vanté par Arnold dans Muscles and Fitness, une impressionnante réflexion sur la sauvagerie humaine, le réflexe du prédateur, la volonté de survie, la communion avec la nature. Film d’une violence graphique et psychologique inouïe, Predator "combine les éléments que l’on n’a pas l’habitude de voir mêlés, l’histoire classique d’un héros d’abord, et ensuite celle d’un film d’horreur, un peu comme les légendes nordiques dans lesquelles les guerriers luttaient contre des êtres surnaturels ". Une légende nordique? Pourquoi pas. Après tout, ce Predator se rapproche sensiblement, de par ses thèmes, de par son approche martiale, d’un autre film du réalisateur, le magnifique 13ème Guerrier. Rencontre fondatrice dans la carrière de McTiernan, celle qui se produit entre Arnold et lui aboutit par ailleurs à une collaboration qui aurait pu s’avérer magnifique: l’acteur est approché ensuite pour Piège de cristal, puis pour un Sergent Rock qui ne verra malheureusement jamais le jour. Les deux hommes, dès le tournage du film, rêvent de l’adaptation de la bande dessinée – dont ce Predator apparaît comme les prémisses: "Le scénario me rappelait également les comic-books remplis d’hommes plus grands que nature. Arnold est l’une des rares personnes au monde à pouvoir incarner une de ces figures".

Entré en grande pompe, grâce au succès commercial (près de $60.000.000 rien qu’aux Etats-Unis, somme énorme pour un film à ce point radical) de Predator, dans l’écurie Joel Silver, McTiernan se voit offrir un cadeau empoisonné: la séquelle de… Commando! Le cinéaste, qui avait déjà refusé de tourner le premier épisode, décline la proposition. Par bonheur, Schwarzie n’en a pas plus envie que lui et les deux hommes, satisfaits de leur collaboration sur Predator, transforment le projet Commando 2 en un film plus premier degré: Die Hard. Adapté du livre Nothing Lasts Forever, le projet prend une tournure bien éloignée des films habituels de l’acteur autrichien, qui se retire finalement. Un héros plus humain, qui se retrouve malgré lui impliqué dans une bataille contre des preneurs d’otages, un personnage qui termine en sang, un tournage ayant lieu pour partie dans des conduits d’aération… Il faut un acteur plus souple, moins solide: après que Stallone, Richard Gere et Burt Reynolds ont été approchés, c’est finalement Bruce Willis, la vedette de la série Clair de lune, qui emporte le morceau. Comme dans son film précédent, McTiernan se sent à l’aise dans les lieux confinés (la tour Nakatomi – en fait le dernier étage de la tour de la 20th Century Fox -, n’est finalement qu’une resucée de la jungle amazonienne), et peut déployer son authentique génie de la mise en scène et de la gestion de l’espace. Demi-succès ($137,400,000 dans le monde pour un film qui redéfinit radicalement les bases du cinéma d’action, c’est finalement peu), Piège de cristal s’installe d’emblée à la place de classique instantané du cinéma, et impose un schéma narratif et visuel encore copié aujourd’hui. Véritable visionnaire, McTiernan transcende totalement le scénario de Steven de Souza (réalisateur de Streetfighter) pour en faire un actionner monstrueux, une mécanique précise à l’horlogerie interne parfaitement rythmée, une œuvre qui par ailleurs impose John McClane comme un personnage phare de l’Histoire du cinéma. Devenu une véritable icône, Bruce Willis a encore aujourd’hui bien du mal à se détacher de ce personnage.

Engagé sur un autre projet, McT refuse l’offre qui lui est faite de réaliser Die Hard 2, un budget démentiel (le plus gros de l’époque) finalement dirigé par le Finlandais Renny Harlin. Plutôt que de s’enfermer dans un genre (vers lequel il reviendra pourtant), le réalisateur préfère s’enfermer… dans un sous-marin. Un lieu clos dont il faudra redéfinir les limites, un Sean Connery en perte de vitesse qui éprouve encore un peu de mal, malgré Les Incorruptibles ou Le Nom de la rose, à s’échapper de son image de James Bond, un héros humain qui sera décliné dans plusieurs suites… A la poursuite d’Octobre rouge est un carton un peu partout dans le monde ($199,200,000 de recettes), doublé d’un suspense extraordinaire et d’une scène anthologique dans laquelle le cinéaste surligne un peu plus sa passion pour le langage. A ce niveau de sa carrière, McTiernan fait ce qu’il veut: il a créé trois icônes du cinéma d’action, rapporté beaucoup d’argent à ses producteurs, lancé ou relancé les carrières de plusieurs acteurs… Il demeure juste un problème: adulé par la critique française qui reconnaît en lui l’un des auteurs les plus passionnants du cinéma américain, McTiernan est considéré aux Etats-Unis comme un simple faiseur, un artisan doué capable sans doute de rameuter les foules, mais certainement pas de livrer un film personnel et oscarisable. Alors en 1992 il tourne la fable écologique Medecine Man, une jolie romance assez anecdotique qui, sans faire un flop, déçoit ses investisseurs avec des recettes à peine supérieures à 45 millions de dollars. Pourtant bénéficiaire, le film est considéré comme la première véritable erreur du cinéaste, qui doit rapidement enchaîner avec un blockbuster pour le remettre sur pieds. Dommage, le virage entamé avec Medecine Man aurait pu se révéler passionnant. Au lieu d’une carrière à la Michael Mann, McTiernan est "contraint" de se lancer dans la production de Last Action Hero, un budget gigantesque pour lequel il retrouve son pote Arnold, devenu entre temps une méga star planétaire grâce aux sommes monstrueuses générées par Jumeaux, Total Recall et surtout Terminator 2.

"C’est un rôle tout spécialement écrit pour Arnold. Impossible d’imaginer un autre comédien dans la peau du personnage. Arnold est réellement the last action hero". McTiernan n’y va pas par quatre chemins: bénéficiant d’un scénario astucieux que Robert Zemeckis a failli mettre en scène, il souhaite réaliser avec Last Action Hero le film somme du genre, son point de non retour. "Je pense que le genre était mûr pour un tel traitement. Certains se contentent, à tort, de formules toutes faites. Ils répètent de film en film les mêmes effets, s’exposant par là même à être parodié et à lasser le public. Pour revigorer ce type de spectacle, il faut le prendre au second degré, y introduire une certaine dose de dérision avec la complicité du spectateur". Las, malgré un humour constant, une mise en abyme astucieuse du genre, quelques scènes anthologiques (Arnold en Hamlet!), des effets spéciaux grandioses et des scènes d’action impressionnantes, le film échoue littéralement au box-office et rapporte autant sur toute sa carrière que son concurrent direct (Jurassic Park) en un week-end! Même l’outsider Cliffhanger, avec Stallone, enterre Schwarzie au box-office. Trop gros, trop fort, trop coloré, le film apparaît comme trop sophistiqué pour un public friand cette année-là de simplicité. Et malgré des chiffres finalement pas déshonorants (le film reste largement bénéficiaire sur le long terme), McTiernan doit quasiment repartir à la case départ. Plus grave, il perd avec Last Action Hero la confiance des producteurs qui lui reprochent un budget inflationniste, et connaîtra à partir de là presque systématiquement des conflits pour le montage de ses films. Le cinéaste est sur une pente savonneuse, il ne lui reste plus qu’un dernier espoir en forme de chant du cygne: John McClane. Après deux échecs successifs, McT n’a pas le choix, il lui faut une valeur sûre: ce sera Die Hard 3.

Mine de rien, John McTiernan doit beaucoup à Steven Seagal! Si ce dernier n’avait pas sorti en 1992 son Piège en haute mer, Die Hard 3 se serait probablement déroulé sur un bateau. Au lieu de ça, puisque l’idée est déjà prise, McTiernan se jette sur le scénario intitulé Simon Says d’un jeune inconnu. Un terroriste, un jeu dangereux avec New York pour terrain, une histoire qui relie le héros au méchant… L’histoire a déjà failli devenir celle de L’Arme fatale 3, mais personne ne savait réellement que faire du matériau initial. Il y a moyen de relier ça au personnage joué par Bruce Willis. C’est d’ailleurs l’acteur qui a l’idée de génie qui déclenchera tout: Jeremy Irons jouera le frère d'Alan Rickman (le méchant du premier Die Hard). L’ambition est à peine voilée: faire des deux films de McT un diptyque, en mettant de côté 58 minutes pour vivre. D’un scénario alambiqué et original, McTiernan tire un jeu de piste chaotique dans lequel le terrain de jeu est la ville entière de New York. C’est bien simple, le film reste encore aujourd’hui le meilleur film d’action de tous les temps, un véritable point de non retour absolument dévastateur, dans lequel la caméra, principalement à l’épaule, transforme chaque plan en un chef-d’œuvre absolu. McT se défoule, McT ose tout, même reprendre la marche sudiste de Dr Folamour. Tout n’est pourtant pas rose, et le cinéaste doit in extremis revoir sa copie: la fin, proprement hallucinante d’audace, jugée trop noire, trop décalée par rapport au reste du métrage, ne convainc personne. Retirée du film, proposée en bonus du DVD, cette fin est remplacée par une autre plus anecdotique, mal rythmée et mal intégrée au reste du film. Un léger bémol qui n’empêche pas Une journée en enfer de cartonner dans le monde entier et de devenir le plus gros succès de l’année 1995 avec plus de 360 millions de dollars de recettes. Revenu au top, McTiernan peut de nouveau imposer ses projets. Provisoirement, du moins.

"Le 13ème Guerrier, c’est la version de Crichton, pas la mienne. Je lui faisais confiance, mais j’ai réévalué mon jugement sur les gens qui affirment qu’il est un naufrageur de carrière. Avec Thomas Crown, j’ai suivi l’exemple de Barry Levinson lorsqu’il est passé de Sphère à Des hommes d’honneur. J’ai tourné la page". C’est ainsi que se termine l’aventure du potentiel plus beau film de McTiernan. De cette adaptation de Eaters of the Dead, la chanson de Geste écrite par Crichton (auteur de Jurassic Park), le cinéaste tire un film qui cartonne dans les premières projections tests. Une somptuosité de tous les instants, le monument qu’attendent tous les geeks de la planète, un voyage de Bagdad aux contrées nordiques légendaires… Mais quatre versions du film circulent à Hollywood, et la guerre fait rage entre le cinéaste et l’écrivain, qui veut imposer son propre montage. De nouvelles scènes sont tournées, on parle d’un budget de plus de 160 millions de dollars, les producteurs (Disney) s’inquiètent et tentent de faire bonne figure. Le film est retitré Battleground, puis finalement Le 13ème Guerrier, amputé de 45 minutes (la sublime scène d’apprentissage de la langue devait initialement apparaître au milieu du film), et balancé à la va-vite devant un public qui n’en a rien à foutre et des journalistes qui n’y comprennent rien. Chef-d’œuvre malade, souffrant de brusques ruptures de rythme, le film est un manifeste de l’œuvre de McT, un monument barbare et sombre, un film épique qui, en l’état, parvient à s’imposer comme l’une des plus grandes œuvres de fantasy de l’Histoire, aux côtés de Conan le barbare ou du Seigneur des anneaux. Le cinéaste s’en fout, et tente d’oublier ce traumatisme et ce nouvel échec commercial sur les plateaux de Thomas Crown, remake d’un film de Norman Jewison: le public ne remarque pas la perversité ironique de l’intrigue et transforme ce monument de classe en gentil petit succès.

Malgré le succès de Thomas Crown, McTiernan n’a plus aucun pouvoir à Hollywood. On lui reproche les échecs de Last Action Hero et surtout celui du lourdement déficitaire 13ème Guerrier. Lui-même ne sait plus très bien où se situer, et semble accepter, en apparence du moins, son statut de faiseur. Il explique d’ailleurs ainsi son choix de réaliser un Rollerball: "Après tout, je suis un gros bourrin". Ce nouveau remake d’un film de Jewison est un nouvel échec grave dans la carrière du cinéaste, qui avait avec ce film l’ambition de réaliser une œuvre définitive sur l’imagerie clipesque, à travers un montage composé de 11.000 plans. Mais là encore, le réalisateur doit réviser sa copie, revoir son montage, couper plus d’une heure de film… Heureusement, l’excellente scène tournée en night-shot demeure. En l’état, Rollerball est une œuvre brouillonne, radicale, parsemée d’erreurs de montage, mais passionnante de par son discours et son refus des concessions. Norman Jewison, lui, déteste le film, qu’il critique ouvertement avant même de l’avoir vu. McTiernan en sort exsangue, totalement dégoûté. Il tente une dernière fois l’aventure hollywoodienne avec un budget plus léger et une star sur le déclin (Travolta): Basic, plus modeste, reste une passionnante réflexion sur le langage et le conditionnement qu’il implique. Depuis, silence radio. McTiernan apparaît sur certains sites, qui lui attribuent de nouveaux projets, tels que ce Deadly Exchange qu’il doit réaliser depuis des années… Rien de concret. Les producteurs l’annoncent à la tête de Die Hard 4, mais lui-même explique à la presse qu’il n’y croit pas une seule seconde (et le film est finalement réalisé par un autre). Triste pour celui dont la carrière est parsemée de classiques intemporels et maintes fois copiés.
Filmographie sélective de John McTiernan

1993 : Last Action Hero (Réalisateur)
1987 : Predator (Réalisateur)
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