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Entretiens > Philippe Martinez
Philippe Martinez
Directeur du théâtre de Marseille dans les années 90, Philippe Martinez est désormais réalisateur et producteur à Hollywood. Une carrière pour le moins atypique qui trouve aujourd'hui son point d'orgue dans la mise en scène du dernier film avec Jean-Claude Van Damme (et accessoirement l'un des meilleurs de la star belge), L'Empreinte de la mort. Comment passe t-on du théâtre classique au film de genre? Il nous révèle tout.

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Empreinte de la mort (L')
JeanClaudeVanDamme.fr - Jean-Claude Van Damme a un statut bien particulier en France. D’un côté, l’acteur qui a travaillé avec Tsui Hark, John Woo, Ringo Lam, Robert Harmon, de l’autre, le clown moqué systématiquement aux Enfants de la télé. Où vous situiez-vous avant de travailler avec lui?
Philippe Martinez - L’image que j’avais de lui… était plutôt confuse en fait. Vous savez, c’est facile de se moquer des gens. C’est facile, d’autant plus que nous sommes dans une société qui est, je pense, tellement cynique… On aime ça, que ce soit Van Damme ou un autre, si on choisit de se moquer de quelqu’un, on peut le faire d’une façon réellement cruelle. Personnellement, j’avais vu à la télévision l’interview d’Ardisson et tous ces trucs-là… Mais moi, ce qui m’intéressait dans cet acteur, c’est le fait qu’il soit l’un des rares Européens à être parti aux Etats-Unis pour faire une carrière internationale. Ils sont très peu nombreux, et encore moins à avoir réussi comme lui. Je me suis demandé pourquoi lui avait réussi, et franchement, avant de tourner avec lui, je n’avais pas la réponse à cette question. Je me disais qu’il représentait sans doute un produit, karaté, kung-fu… Je suis entré dans le film en pensant ça de lui. Et je me suis rendu compte que j’avais tort lors de la première prise faite sur le tournage.
JeanClaudeVanDamme.fr - C’était pour quelle scène?
Philippe Martinez - Vous savez, quand je fais un film, j’aime bien commencer par la scène la plus dure. Parce que c’est avec cette scène que je saurai si j’ai le ton ou pas, si je peux faire le film avec l’acteur ou pas. J’ai donc commencé par la scène où il voit sa femme morte, par terre dans le restaurant. Je me suis trouvé face à Van Damme, dans la scène la plus dure, et je me suis dit que ça, c’était le test. Le test pour savoir si je pouvais faire avec lui un film différent, savoir si ce mec avait quelque chose… Ou si j’allais au contraire être obligé de faire un truc à l’image de ses derniers films. Ma technique a consisté à ne pas le traiter comme un acteur de karaté, mais comme un être humain. Je m’explique… Je l’ai pris dans mes bras, on s’est assis par terre, et je lui ai expliqué que sa femme était morte. Sa vraie femme. Je l’ai mis en condition, il n’était plus dans un film, tout ce qui arrivait à Ben Archer lui arrivait également à lui, faisait référence à des scènes de sa propre vie.
JeanClaudeVanDamme.fr - La première chose que je me suis dit en voyant cette scène, ainsi que la seconde dans laquelle il pleure, c’est qu’il y avait le cinéaste derrière lui, ou quelqu’un, qui lui révélait que Gladys, sa vraie femme, était morte.
Philippe Martinez - C’est exactement ça, je lui ai dit: "Jean-Claude, Gladys est morte". Il m’a demandé pourquoi je lui disais ça, me reprochait de le perturber dans son jeu. Je me suis excusé, et lui ai expliqué qu’il fallait maintenant que l’on s’asseye par terre et que l’on pense à la chose suivante: l’amour que Gladys t’a donné, tout ça, c’est fini, elle est morte. Puis je lui ai donné d’autres indications très simples sur cette scène. Par exemple, lorsqu’il entre dans le restaurant où se trouve le cadavre de sa femme, il passe devant un poteau… Je lui en ai parlé durant un quart d’heure, de ce poteau, je lui ai dit que toute sa vie s’arrêtait derrière ce poteau. Tu entres dans cette pièce, tu as ta vie, ta femme, tes enfants. Après ce poteau, tu n’as plus rien. Vous savez, moi je suis un mec du théâtre. Ce qui me plait, c’est de trafiquer un acteur, de l’emmener au bout de lui-même. C’est vraiment ça que j’aime. Chercher l’émotion. Or, Van Damme, dès la première scène, est entré dedans. Il n’était plus une vedette de cinéma, plus une star de karaté. C’était juste un mec qui pleurait la mort de sa femme. C’est là que j’ai su que nous étions sur la bonne voie, que je pouvais y aller, que je pouvais faire un film différent de ses précédents. Et toutes les scènes ont été tournées sur ce principe, même les plus insignifiantes.
JeanClaudeVanDamme.fr - On imagine ce principe justement durant celle où il frappe un méchant à coups de poing, en pleurant.
Philippe Martinez - Pour moi, cette scène représentait un moment très important du film. Il n’en peut plus, il est à bout. On s’est concentrés de la même façon, selon la même technique. Je lui ai montré un point sur le matelas qu’il devait frapper (le matelas – hors champ – remplaçant la victime), lui intimant l’idée que ce point représentait toutes les erreurs qu’il avait pu faire dans sa vie. Nous avons fait une seule prise… En général, nous en faisions quatre, cinq, parfois six. Là il m’en a fait une seule. Ce que j’ai compris avec lui, c’est que ce mec a un cœur immense, qui n’a jamais réellement été utilisé d’une bonne manière. La seconde chose que j’ai comprise, c’est que… La vie est assez injuste, voilà un mec qui est assez beau, qui est une vedette, etc. Vous fixez son visage avec la caméra et… ça accroche, ça colle. D’autant que je trouve qu’un acteur vieillissant devient de plus en plus beau, notamment quand il commence à avoir des rides, c’est là qu’un acteur devient intéressant, quand il a des soucis, des problèmes. Il faut le respecter, cet acteur. J’aurais pu être un peu plus cynique et lui dire "OK Jean-Claude, tu mets un coup de pied là et ça ira bien".
JeanClaudeVanDamme.fr - C’est ce qu’on fait les cinéastes précédents. Mis à part Ringo Lam, aucun n’a réellement su le diriger. Même John Woo ou Tsui Hark l’ont montré comme une sorte de pantin, de clown, voire même comme symbole d’un échec du cinéma d’action.
Philippe Martinez - Je crois en effet que Ringo a fait ça, le considérer comme un être humain, notamment dans In Hell. Dans ce film, Jean-Claude commence à réaliser qu’il peut changer de cap, mais je crois qu’il est encore resté dans ce film un peu trop cérébral. Alors que chez lui, c’est le cœur qui régit tout, qui dirige tout.
JeanClaudeVanDamme.fr - Aviez-vous discuté avec Van Damme des méthodes de Ringo Lam pour le diriger, notamment sur Replicant?
Philippe Martinez - Non, pas trop… Je sais qu’il a énormément de respect pour Ringo. Puis vous savez, chaque metteur en scène a ses techniques. Pour moi, un acteur est une éponge qui a absorbé plein de choses qu’il faut faire ressortir sur ce nouveau film. Je ne pensais pas qu’il fallait traiter cet acteur d’une façon cérébrale. Il fallait parler à son cœur. Il faut lui remémorer la chose qu’il a vécue et qui permet à ce moment-là de faire fonctionner la scène. Au final, ce film prévu pour la vidéo et le DVD sortira un peu partout dans les salles. Il a plutôt une bonne critique… On est contents, quoi.
JeanClaudeVanDamme.fr - Revenons au visage de l’acteur… On a l’impression que vous triturez réellement ce visage, que vous faites exprès de souligner ses traits, ses rides.
Philippe Martinez - Un visage devient plus intéressant avec la vie et l’expérience que l’on peut avoir. Certains acteurs aiment bien se faire tirer la peau et subir un tas de trucs dans le genre. Alors qu’une ride qu’a Van Damme dans le film m’aide pour le personnage. Je voulais que la première image du film soit le visage de l’acteur, sur fond noir, et en gros plan. Quelque chose qui tranche totalement avec ses autres films, et ce qu’on attend de ce type de produit. Faire ça, vous savez, ça ne coûte pas très cher: une caméra, vous placez l’acteur dans le noir, vous allumez deux bougies et vous filmez son visage. A partir de là, le spectacle est uniquement constitué de ses rides, de sa vulnérabilité. Avec une simple image de ce genre, on peut avoir beaucoup plus qu’avec des effets spéciaux. Du moins, je peux avoir beaucoup plus.
JeanClaudeVanDamme.fr - Etant donnés le thème du film, le genre abordé, le budget, on s’attendait à un sous John Woo, à une série B prenant ses marques dans le sillage de Woo ou de John McTiernan. Or, à aucun moment le film ne se rapproche de ces deux cinéastes.
Philippe Martinez - Ecoutez… D’abord, quand j’ai lu votre article, j’avoue que j’étais très content, ça fait plaisir de voir que des gens apprécient votre travail. Je l’ai envoyé à Jean-Claude, il était très touché. Mais je vous avoue que les influences dont vous parlez sont totalement inconscientes. Je connais très mal les cinéastes dont vous parlez. Cependant, vous savez, j’ai fait le conservatoire de théâtre à Marseille, et déjà à l’époque j’aimais tout ce qui était sobre. J’aime bien les héros graves, j’aime bien qu’on aille au bout de soi-même. J’aime la sobriété, le minimalisme et il était très important que cela se ressente dans le film. Je me sens à l’aise avec ça. J’aime bien voir un film de John Woo. Volte Face, c’est extraordinaire, c’est spectaculaire, j’ai passé deux heures fabuleuses. Mais moi, je ne sais pas faire ça. Et non seulement je ne sais pas le faire, mais en plus ce n’est pas vraiment la façon dont j’approche une histoire. Je vais prendre l’exemple des combats… Moi, j’essaye de vivre ce que vit le personnage. Si ma fille était entre les mains de Sun Quan, est-ce que j’irais me mettre à faire des combats qui durent dix minutes, où je me prends quinze coups de poing? Jamais je ne ferais ça, parce que je sais que chaque seconde que je perds m’éloigne un peu plus de ma fille. J’y vais pour tuer. Pas pour me battre, pour tuer et sauver ma fille! Au départ, je ne pensais même pas avoir à m’occuper de la chorégraphie des combats. Nous avions un chorégraphe spécialisé là dedans, un artiste martial… Immédiatement après la scène du restaurant, on a enchaîné le lendemain avec les scènes de combat. Je pensais laisser les chorégraphies libres à Jean-Claude, les laisser s’en occuper. Et je n’aimais pas du tout le résultat, je me disais… "Mais où on va, là?". On n’a pas le temps, là, il faut sauver le fils, il faut tuer, il faut que ton ennemi ne se relève pas dès le premier coup que tu lui portes. Et pour tout vous dire, l’influence que j’ai subie, concernant le réalisme du film… Bon, j’ai un oncle, qui joue dans le film le gros sadique à la perceuse, et qui a eu un parcours assez hallucinant. C’est un ancien bandit, qui a fait quelques années de prison, et qui s’est retiré des affaires comme on dit. Nous avions choisi André Pousse pour jouer le rôle de Max, et lorsqu’il est arrivé sur le tournage en Afrique du sud, il était malade, vraiment trop fragile. Nous avons donc appelé le matin même du premier jour de tournage un acteur que j’avais déjà utilisé dans Citizen Verdict, Anthony Fridjohn. Et comme je voulais ce petit côté gangster marseillais, j’ai proposé à mon oncle le rôle de Raymond, pour seconder Max. Ce rôle a donc été écrit, créé, directement sur le plateau. Ma plus grande influence vient de cet oncle. C’est pour ça que les références que vous citez m’ont fait sourire, d’autant que vous n’êtes pas le premier à m’en parler. Mais je me suis en fait contenté de calquer ma mise en scène sur la violence que l’on trouve dans les rues à Marseille.
JeanClaudeVanDamme.fr - Votre film n’est d’ailleurs pas réellement un film d’action.
Philippe Martinez - Comme je vous l’ai dit, j’ai très peu de culture cinématographique, et encore moins en ce qui concerne le cinéma d’action. Je ne voulais surtout pas me laisser enfermer dans le format classique du film d’action. Ce qui a d’ailleurs été un problème énorme puisque nous avions un deal avec le distributeur Artisan (ndlr: Le Projet Blair Witch ). Quand ils ont reçu les premières images du film, en l’occurrence la scène du restaurant, ils m’ont reproché de faire un "film artistique" et ont annulé le contrat prévu. J’ai la chance d’être producteur de mon propre film et d’avoir la décision finale, mais cette histoire nous a quand même fait perdre 30% du budget au bout de trois jours de tournage. Les dirigeants d’Artisan, je leur ai même proposé de partir, de ne plus faire le film, en leur expliquant que je ne savais pas faire le type de film qu’ils demandaient. John Woo, McTiernan, c’est fabuleux, mais je ne sais pas le faire, je ne le ressens pas. J’essayerai de progresser dans mon prochain film. Mais pour le moment, je fais du dramatique, du reportage, du réel.
JeanClaudeVanDamme.fr - Le film est incroyablement violent. Avez-vous rencontré des problèmes avec la censure?
Philippe Martinez - Non… Mais on est surpris! Je pensais notamment que nous aurions beaucoup de problèmes avec ce qui est ma scène préférée du film, celle de la torture à la perceuse, et il se trouve que non seulement cette scène ne pose problème à personne, mais en plus tout le monde l’adore. Le film est violent parce que l’histoire est violente. On tue sa femme et on lui prend son fils, si vous n’êtes pas violent dans ce cas-là, vous ne le serez jamais. Et puis n’oublions pas que c’est un voyou dans le film. Il y a un petit détail tout con auquel je tenais… Quand il est sur la terrasse, avant de voir son fils, je lui demande de fumer. Ce n’est pas par hasard. Ce mec, il lui arrive plein de choses, il a besoin de décompresser. Ca peut sembler anodin mais je ne sais pas si on a déjà vu Van Damme fumer dans un film. Il a toujours eu cette image clean, mais je voulais autre chose. Prend une cigarette, décompresse, fume, bois… Parce que c’est ce que l’on ferait dans la réalité. Le film est violent mais c’est vraiment par choix. Et je pense même que mon prochain le sera encore plus.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous pouvez nous en parler?
Philippe Martinez - Oui, bien sûr… Ça s’appelle Silver Fish. C’est un très gros film d’action que je tournerai à Hong Kong. J’ai commencé la pré-production hier. Là par contre, je vais m’essayer au genre des arts martiaux, des combats. Je découvre tout ça, c’est ce qui est incroyable pour moi, je n’y connais rien du tout. J’ai dû voir les films de Van Damme quatre mois avant de commencer à tourner. En tout cas, le film a été vendu dans le monde entier, tout le monde l’adore. Du coup, j’ai trois gros studios américains qui sont intéressés par mon nouveau projet. Du coup, je me dis que c’est peut être ma destinée! Je serai "action director"!
JeanClaudeVanDamme.fr - De quoi parle votre premier film, Citizen Verdict?
Philippe Martinez - Je ne sais pas si ça se fait pour un réalisateur de dire cela mais… Citizen Verdict est un film que j’adore! C’est encore un film très violent, mais cette fois au niveau du message. L’histoire est la suivante: le gouverneur de Floride (Roy Scheider) tente de contrecarrer la montée de la violence en faisant un show télévisé dans lequel les criminels passibles de peines capitales sont jugés par les spectateurs. Le type est exécuté en fonction de la sentence du public. C’est la dérive de la télé-réalité. Le film a été projeté au Festival de Paris, et j’ai été surpris que les journalistes aient pu penser qu’il s’agissait d’une satire de l’Amérique. Or, je ne suis pas du tout satirique à l’égard de l’Amérique vu qu’en France, on a une télé-réalité qui est tout aussi pourrie, sinon plus. C’est presque plus grave pour un pays qui se dit d’exception culturelle. C’est une véritable satire politique, très violente.
JeanClaudeVanDamme.fr - Pour revenir à Wake of Death, le film devait à la base être réalisé par Ringo Lam, sous le titre After Death, et contenir des éléments fantastiques.
Philippe Martinez - Ecoutez, je vais un peu passer pour un con, mais je vais tout vous dire… Vous savez, quand on est producteur, on est un peu pute. Van Damme, Ringo Lam, ça va rapporter de l’argent. Et puis durant la pré-production, pour diverses raisons, on n’a pas accroché avec Ringo. Peu importe si c’était de ma faute ou de la sienne, on n’a pas accroché. Nous étions au Canada, il faisait gris, on se lamentait. Alors j’ai dit à tout le monde qu’on partait en Afrique du sud. Comme ça, sur un coup de tête. Là-bas, je m’y sens bien, il y a du soleil… C’est là que je lis le scénario, qui avait déjà beaucoup évolué. Je lis ce truc, et j’hallucine, c’était d’un ridicule, la petite fille était une voyante, qui avait des visions et voyait le fantôme de la femme de Van Damme. Le scénario était complètement différent de ce qu’il est aujourd’hui. Le seul point commun était le meurtre de la femme. Quand je suis devant un problème, je bloque, je me couche, je dors, je ne bouge pas du lit pendant une journée. Là ça a duré une semaine, les autres flippaient, les techniciens me demandaient ce qu’on faisait. Finalement, je me suis présenté devant toute l’équipe, j’ai pris le scénario et, en m’excusant, je l’ai foutu à la poubelle. Du coup, on a tourné sans scénario, en improvisant l’histoire tous les jours. Et comme il fallait quand même donner du papier à l’équipe, aux décorateurs, on a fait venir au bout d’une semaine de tournage un jeune Français, Laurent Fellous, que j’ai rencontré lors d’un dîner à Paris. Afin qu’il m’aide un peu dans l’écriture. Les techniciens venaient me voir en me disant "Ecoute Philippe, on ne doute pas que tu as le film dans la tête mais… si tu pouvais nous donner ne serait-ce qu’un jour à l’avance le plan de tournage du lendemain?". J’ai donc montré à Laurent ce qu’on avait tourné depuis une semaine. Lui me demande si je sais où je vais et je lui réponds "Hum… Non, mais bon… Demain en tout cas, je vais tourner ça". Du coup, on écrivait un truc ensemble et on le donnait à l’équipe trois heures avant de tourner. Nous avions bien entendu un axe central, les lieux, etc. Mais je n’avais aucune idée… J’ai fait un film d’art et d’essai et d’action! Je vais essayer de ne plus le refaire. Je voulais que le tout soit une tragédie entre deux pères et deux enfants, comme à l’opéra. D’un côté un père qui a le droit avec lui – quoiqu’il ne soit pas foncièrement bon. De l’autre, un père diabolique. Et au milieu, les enfants. Du coup, le premier jour, juste avant la scène du restaurant, j’ai passé un air d’opéra à l’équipe. Et je leur ai dit: Quoique vous fassiez, que ce soit au niveau des décors, des costumes, de la lumière, je veux que vous pensiez toujours à cet air qui passe actuellement". C’était le morceau que l’on entend lors du meurtre de la femme de Van Damme dans le film. Ce n’est sans doute pas une approche habituelle, mais c’est ainsi que je me sens confortable, à l’aise pour tourner. Et c’est ainsi que le film a évolué, a été pensé.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous connaissiez la bande dessinée The Punisher, dont le film est très proche?
Philippe Martinez - En fait, j’ai vu le film la semaine dernière, seulement.
JeanClaudeVanDamme.fr - Le film est très court, il dure à peine 1h25. Y a-t-il eu des coupures? Y a-t-il une version un peu plus longue à la base?
Philippe Martinez - (Il rit) Il n’y a pas de version de base, on n’avait même pas de scénario. Plus sérieusement, je ne sais pas si je dois dire ça mais… On a improvisé le film entièrement. Quotidiennement. C’est effrayant dans un sens mais j’ai besoin d’arriver sur le tournage le matin et d’avoir peur, de me dire que je ne vais pas y arriver. Je me mets en danger volontairement, je vis cette histoire dans ma tête, et ma seule bouée reste mon personnage, les endroits où il va, ce qui lui arrive, tout doit être en relation avec lui. Je le suis. Mais c’est comme ça que je me rassure. Parfois, on partait pour tourner une scène et on annulait au dernier moment, parce que ça n’allait pas, ça ne rejoignait pas mon histoire. Mon grand soulagement était d’ailleurs de parvenir à avoir un film d’1h30. La première fois que j’ai vu le film, lors du premier montage, j’avais un œil sur l’écran et un autre sur le timer. C’est assez expérimental, je traite une équipe de tournage comme une compagnie théâtrale. Du coup, ça peut être difficile pour moi de travailler avec certains acteurs, j’ai besoin qu’ils soient malléables, qu’ils soient prêts à se faire mal. Ça peut sembler bizarre comme concept, d’autant que c’est assez proche du cinéma que l’on faisait dans les années 60. Je suis un peu un retardé de la Nouvelle Vague, finalement!
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