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Entretiens > Mabrouk El Mechri
Mabrouk El Mechri
Le réalisateur de JCVD, c'est lui. Jeune cinéaste de 32 ans, Mabrouk livre ses impressions sur Van Damme, et sur son travail avec l'acteur lors du tournage. En prime, il révèle quelques anecdotes savoureuses, et même quelques tout petits scoops sur Full Love, le film suivant de jean-Claude !

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JCVD
JeanClaudeVanDamme.fr - Le DVD est vraiment bon et très complet, surtout dans la filmographie de Van Damme qui n’était pas très gâtée à ce niveau là. Toutefois, si je peux faire un seul reproche, c’est celui des scènes coupées. Tu expliques dans le commentaire audio que tu as préféré les réserver pour une version longue ?
Mabrouk El Mechri - Oui, je compte remonter le film un jour prochain et ajouter les scènes coupées… Pour le faire, ça ne signifie pas seulement ajouter les scènes qui manquent. Il faut totalement reconceptualiser le film, le remettre à l’endroit chronologiquement, afin que les scènes puissent s’insérer correctement, dans toute leur ampleur. Si dans le DVD je mets un clap avec trois minutes et demi de plan, tu auras certes du matériel en plus, mais est-ce que ce matériel aura été utilisé de manière efficace, pour servir le film ? Je ne crois pas. Je savais que j’allais m’en prendre plein la gueule à ce sujet lors de la sortie du DVD.
JeanClaudeVanDamme.fr - Ça reste une petite critique gentille !
Mabrouk El Mechri - Oui, bien sûr, je sais bien. Mais j’ai préféré prendre le risque de cette critique. Quoiqu’il en soit, là je vais partir sur autre chose, mais ensuite je prendrai deux mois pour me remettre au montage de JCVD, afin de sortir ce cut de 2h20 environ. Là en plus, j’ai revu le film via le DVD mais tout est encore frais, encore proche. Mais dans quelques mois, lorsque je me remettrai au remontage, je le verrai sans doute sous un œil différent, je ne verrai pas les mêmes choses, j’aurai moins de souvenirs de tournage, etc. Du coup, tu ne juges pas les prises de la même manière un an plus tard. C’est un boulot colossal mais il faut le faire bien. Et crois moi, vous serez bien plus contents du résultat que si j’avais mis sur ce DVD là un truc en plus.
JeanClaudeVanDamme.fr - Il y a un commentaire audio sur les deux scènes coupées présentées sur le DVD. C’est le seul bonus que je n’ai pas encore regardé.
Mabrouk El Mechri - Oui. Bon, le premier il est assez simple, j’explique qu’il s’agit de la première prise où Karim donne un coup de pied dans la cigarette, avec Jean-Claude derrière. C’était très drôle, mais j’ai eu extrêmement peur à ce moment-là, car Jean-Claude n’étant pas dans son élément naturel dans ce film (beaucoup de jeu et très peu de scènes d’action), je souhaitais qu’il se sente vraiment bien dès qu’il y avait un tout petit peu d’action. Quand il tape dans la cigarette, tout le monde fait « waouh ». Et l’autre arrive derrière avec son mètre cinquante et la grâce d’un léopard qui aurait tisé toute la nuit, et malgré tout il réussit à le faire. J’ai eu peur que Jean-Claude se dise que finalement, tout le monde sait faire ce genre de trucs. J’étais un peu énervé, même si c’était au final très drôle et que Jean-Claude l’a pris super bien. Tu as toujours des petites frayeurs de ce genre en tant que metteur en scène parce que tu as envie que tes acteurs soient au top, et pour cela il n’y a pas de secret, il faut qu’ils se sentent bien.
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu étais fan de Van Damme depuis longtemps, si je ne me trompe pas ?
Mabrouk El Mechri - Oui, très tôt, j’avais à peine quinze piges. Ca a commencé avec Bloodsport.
JeanClaudeVanDamme.fr - Que tu avais découvert en salles à l’époque ?
Mabrouk El Mechri - Non, non, on n’allait pas au cinoche, parce qu’il n’y avait pas de thune. Puis de toute façon j’habitais en banlieue et ce film n’est pas arrivé jusqu’à nous, dans les salles près de chez moi, et on n’allait jamais à Paris. Je me souviens qu’il s’agissait d’une VHS qui se baladait dans toute la cité et je devais être le quatrième ou cinquième à mettre la main dessus. Tout le monde en parlait déjà beaucoup, notamment à cause de Bolo Yeung. Pour moi Bolo constituait la vraie entrée vers le film. Je n’ai pas vu le film pour Jean-Claude, que je ne connaissais pas à l’époque. Alors que Bolo avait déjà joué dans plusieurs films, dont surtout Opération Dragon. Quand tu le vois dire « Une brique ne rend pas les coups », il est impressionnant ! J’ai donc découvert Van Damme dans ce film, puis j’ai enchaîné avec Kickboxer, Full Contact, et il me semble m’être arrêté à Death Warrant, celui où il est en prison, avec un trafic d’organes… C’est bien ça le titre ?
JeanClaudeVanDamme.fr - Oui, Death Warrant, et Coups pour coups en français.
Mabrouk El Mechri - Voila ! Et après ce film, je suis un peu passé à autre chose. Full Contact, c’était avant ou après Coups pour coups ?
JeanClaudeVanDamme.fr - Juste avant.
Mabrouk El Mechri - Donc c’est bien ça, Coups pour coups était le dernier que j’ai vu à cette période. Après je l’ai suivi d’un peu plus loin, à la télé, j’ai vu deux ou trois trucs de lui, j’ai assisté à ce qui allait devenir un truc assez déplaisant, mais ça restait un mec que j’admirais depuis le début. Il y a beaucoup plus chez lui que ce les gens veulent bien voir à la télé.
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu l’admirais plus que d’autres acteurs de l’époque tels que Stallone, Norris ?...
Mabrouk El Mechri - Ouais ! Schwarzenegger, je n’ai jamais accroché. Il y avait un truc surfait chez lui. J’adorais bien entendu Terminator, mais plus pour Cameron que réellement pour l’acteur. Stallone, si, c’était quand même Rocky ! Quand Rocky était passé à l’époque sur Antenne 2, le lendemain à 6 heures du mat’, on avait tous les œufs, le survêt à capuche… Tout le monde avait vu le film la veille et se mettait au jogging ! C’était vraiment drôle ! Mais à part Rocky, je n’accrochais pas trop. Même Rambo… Maintenant, j’aime beaucoup le premier, mais pas quand j’étais jeune car c’était beaucoup plus psychologique que prévu. Quand tu es jeune, tu as envie de voir de la baston et du coup, j’ai été un peu frustré par ce film. J’avais vu Cobra aussi, mais je trouvais ça naze. Stallone m’est vite passé. Non, Van Damme, lui, est resté, c’était le seul pour moi. Norris, jamais de la vie. Steven Seagal, même pas en rêve ! En fait, à mes yeux, il n’y avait que Van Damme et Bruce Lee. Mais Van Damme faisait la synthèse : il avait le corps de Stallone et la souplesse de Bruce Lee. Puis il vient de pas très loin de chez nous, c’était assez énorme.
JeanClaudeVanDamme.fr - Lorsque tu l’as rencontré pour la première fois, était-il conforme à ce que tu attendais, à ce que tu avais pu voir dans les films ou à la télévision ?
Mabrouk El Mechri - Je n’avais pas la prétention de le connaître. J’étais fan à l’âge de quinze ans, j’en ai aujourd’hui trente-deux, donc tu vois ça fait un moment. J’ai vu entre temps des films ou des extraits par ci par là, par exemple à la télé. Mais en aucun cas je me suis dit, lorsqu’on s’est retrouvé à dîner, que j’allais voir le guignol des médias. Au contraire, je me suis dit que j’allais sans doute voir à la fois le mec que j’admirais quand j’étais jeune et à la fois le mec qui a fait des conneries, qui s’est retrouvé à la télé, etc. C’était ça que j’attendais, et beaucoup d’autres choses aussi. Tu sais, le jour où j’ai arrêté de me dire que c’était un mec que j’allais connaître par cœur, ça allait mieux, j’étais en paix avec moi-même. Puis Jean-Claude, je l’ai vu la semaine dernière encore, tu n’en vois pas le bout, jamais. On continue de se voir, on est super content de se voir. Il y a des moments où on s’est engueulé, où on n’était pas content, et puis il y a eu des moments, et encore heureux, qui était bien plus énormes en termes d’affection et de travail. Je pense qu’on s’est fait du bien, lui en tant qu’acteur, et moi parce que c’est quand même énorme un mec qui te laisse, alors que tu n’as fait qu’un seul film, travailler avec un matos aussi délicat que sa propre vie. Ou plutôt des éléments de sa vie. Faut en avoir pour faire confiance à un petit jeune comme moi. C’était vraiment un très bel échange artistique.
JeanClaudeVanDamme.fr - J’ai rencontré Philippe Martinez (réalisateur de L’Empreinte de la mort) qui m’avouait qu’il n’était pas certain d’avoir un vrai acteur en face de lui…
Mabrouk El Mechri - Moi je l’ai su tout de suite !
JeanClaudeVanDamme.fr - Lui m’expliquait avoir souhaité commencer par la scène la plus dure afin de voir ce qu’il valait.
Mabrouk El Mechri - Je n’ai jamais eu de doute. Déjà quand on a tourné le teaser du casting, je n’avais pas de doute. Même au premier dîner qu’on a fait ensemble, je n’avais pas de doute. C’était un dîner classique, il n’y avait pas de caméra, et ça laisse l’opportunité de voir un peu mieux les gens que lorsqu’ils sont en représentation. Pour ce teaser (je voulais arriver à Cannes 2007 avec des images à nous, je ne voulais pas que les gens se disent qu’il s’agissait de The Monk n°22, le nouveau projet de Van Damme ; je voulais qu’ils se disent un truc du genre « Ah tiens, c’est marrant, il joue pour de vrai, là ! »), j’ai écrit le canevas la veille du tournage, avec l’idée que Jean-Claude se pointe le jour du casting de JCVD, et je lui ai donné ce texte de sept pages une heure avant de tourner, juste pour voir sa réaction, voir s’il allait m’envoyer chier sous prétexte que je lui donnais sept pages à apprendre. Et non, il a été surpris, mais il s’est mis au boulot. Ce qui déjà te donne une bonne idée de la façon dont ça peut se passer sur un plateau. Puis durant le tournage de ce teaser, j’étais à la caméra, je cadrais, et je parlais aux comédiens pendant qu’ils jouaient (ce que je fais toujours ; quand tu as fait un ou deux films, tu sais à peu près à quels moments tu peux te permettre de parler), afin de les diriger. Et lui a adoré ça ! Jean-Pierre Cassel avait adoré ça aussi, sur Virgil, Jalil Lesper pas du tout. Karim, mon Joe Pesci à moi, adore ça. Et généralement c’est plutôt bon signe car on a donc une manière de travailler qui concorde et ça veut dire qu’on peut aller loin. Toute cette journée de casting, qu’on a tourné en six heures à peine, était la promesse d’un tournage hyper intéressant car je me suis rendu compte de la Ferrari que j’avais. Tout le monde voyait une Deux-chevaux, mais moi je savais qu’il y avait en dessous un moteur de Ferrari. C’est vraiment plaisant quand tu passes une journée de tournage comme ça, c’était vraiment génial. On n’a pas fait de test, pas de casting, on s’est juste mis au boulot et on s’est découvert. J’ai tout de suite vu que c’était un putain d’acteur. Je n’ai pas cherché à commencer par une scène plus dure, ou des trucs comme ça. En plus, je trouve ça naze car un acteur, ça s’échauffe, comme n’importe quel sportif. Tu ne fais pas un match sans échauffement, un grand écart sans échauffement. Et je pense que la confiance que j’ai eu en lui, au point de ne pas le tester, de ne pas me demander tous les jours s’il allait savoir jouer, a fait que le mec s’est délié. Du coup, en termes de jeu, il va cinq fois plus loin que ce que tu demandes. Dans le making of, il dit un truc que j’adore : « Mabrouk m’a remis des plumes dans les ailes ». Il ne dit pas que je lui ai donné des ailes, les ailes il les avait déjà ! Je n’ai jamais douté de ses talents de comédien ou de sa capacité à produire ce qu’il fallait produire pour le film. La seule chose, ce que je dis dans le DVD, c’est que Van Damme est comparable à une cocotte minute. Ce n’est pas le seul acteur comme ça, ce n’est pas un mal, ni une tare, c’est un ingrédient avec lequel il faut savoir composer quand tu es metteur en scène. Et quand tu as un acteur cocotte minute, il faut tout de suite que ça envoie, sinon tu n’es pas rendu. Le temps que tu passes à être poli, tu le perds parce que tu es en train de tourner ton film pendant ce temps là. Tu ne peux pas te permettre ça ! Si on s’engueule, ça dure deux jours, maximum. Mais s’il joue mal parce qu’il est tendu, et qu’il va exploser, tout ça va rester sur ton étagère de dvdthèque. Je préfère m’embrouiller avec quelqu’un, plutôt que de mettre mon film en périls. Et généralement, comme nous sommes des gens intelligents et qu’on s’embrouille plutôt pour de bonnes raisons, pas pour des trucs de stars genre on lui a pas servi son café, et bien s’il faut qu’il frappe sur un truc, ok, vas y ! Moi je lui dis de le refaire, de refaire la scène, encore et encore, jusqu’à ce qu’il explose. A un moment il va se calmer, on va discuter tranquillement et on revient sur le plateau pour bosser. Il y a comme ça des acteurs avec lesquels il ne faut pas essayer d’éviter le conflit. Jamais. Avec d’autres, il vaut mieux éviter, parce que tu sais que tu vas les traumatiser s’il y a une embrouille. Mais Jean-Claude n’est pas comme ça, il a déjà prouvé qu’il a la rédemption facile, il sait se retourner. Quel acteur pourrait se permettre d’avoir le déchaînement médiatique qu’il a eu contre lui, et de revenir comme il le fait avec le New-York Times qui l’encense ? C’est énorme. Tu vois, quand tu as ce type de peau, et bien tu résistes à tout, surtout quand tu as un metteur en scène qui t’estime et essaye juste de te faire produire quelque chose de bien.
JeanClaudeVanDamme.fr - Etait-il plus à l’aise dans les scènes écrites ou bien dans les scènes improvisées telles que celle où il est face à Zinedine Souallem et que tous les deux parlent de leur mère ? Il me semble que cette scène était presque intégralement improvisée ?
Mabrouk El Mechri - Oui… En fait, ma manière de faire, c’est de ne jamais dire la même chose aux comédiens. Je vais dire un truc à Van Damme, parce que sa direction doit être comme ça, et je vais dire autre chose à Zinedine, parce que sa direction est comme ça. Jean-Claude n’a pas entendu ce que j’ai dit à Zinedine, et Zinedine n’a pas entendu ce que j’ai dit à Jean-Claude. Et j’observe l’affrontement… Ou la complicité parfois. Et là, c’était tendu… C’était vraiment tendu. A la fin de cette prise, quand je dis « couper », tu vois Zinedine qui fait « pfffiou », il a vraiment cru qu’il allait s’en prendre une dans la gueule, tu vois. Je crois que si Jean-Claude était reconnaissant de l’espace de jeu, entre guillemets, que je lui laissais, à lui et aux autres acteurs, c’est parce que je ne juge pas les acteurs. Si Jean-Claude a besoin de se mettre dans un état incroyable pour faire des choses incroyables à l’écran, tant que ça reste intègre, que ça ne déborde pas sur le respect des autres, ok, fais ce que tu as à faire ! Il a besoin de ça. Jean-Pierre Cassel, c’était autre chose. Il pouvait te sortir une vanne, te toucher les couilles et hop, quand tu disais « Action », il était dedans. Tu as des acteurs comme ça, tu en as d’autres qui doivent se mettre dans un état pas possible, et il n’y a pas une méthode meilleure que l’autre, Il faut juste avoir l’intelligence de pouvoir marier plusieurs familles de jeux.
JeanClaudeVanDamme.fr - Je ne vais pas trop entrer dans le sujet du visuel du film, car Pierre-Yves Bastard, ton chef opérateur, m’en a déjà beaucoup parlé lors de l’entretien qu’il m’a accordé en juillet dernier. En revanche, j’aimerais que tu nous parles des plans-séquences de ton film : il y en a beaucoup, et on se rend compte lors du commentaire audio qu’il y en a pas mal qu’on n’avait pas remarqué la première fois.
Mabrouk El Mechri - Il y en a plein qu’on a coupés par la suite. Moi je tourne toujours comme ça, en fait. Le plan-séquence permet de suspendre le jeu, comme si tu étais au théâtre avec les acteurs. Si j’avais dit tous les jours à Jean-Claude « alors, tu vois, là ça va être ton gros plan », il aurait flippé parce qu’il aurait voulu faire vachement bien. Alors que là, je le noie dans la masse en en faisant un comédien parmi les autres. La caméra va sur toi, toi tu vas dire ça, etc. Ca les met tous dans la même position, et du coup chacun joue sa partition. C’est exactement la même chose que quand les musiciens enregistrent. Tu as deux manières : soit live (tout les membres du groupe jouent ensemble), soit cabine (on fait d’abord la batterie, après la basse, après machin…). Tu n’as aucune interaction entre les instruments dans ce dernier cas. Et bien là, le film avait besoin de live, pour pas se sentir complexé, pour qu’aucun acteur ne sente la pression sur lui, donc j’ai effectivement beaucoup tourné de séquences de cette manière.
JeanClaudeVanDamme.fr - En parlant de comparaison musicale, j’en ai apporté une que Pierre-Yves, ton chef op, m’a donnée…
Mabrouk El Mechri - Qu’est-ce qu’il a dit comme connerie, encore, ce Pierre-Yves ?!!!
JeanClaudeVanDamme.fr - Il m’a dit que tu lui as présenté le film comme ça : « imagine un solo de guitare de Hendrix, totalement usé, enrayé, saturé ».
Mabrouk El Mechri - Ouais… Ce n’est pas tout à faire comme ça que je lui ai dit. On parlait du degré de lyrisme qu’il pouvait y avoir, et je lui ai bien parlé de Hendrix mais… C’était plus sur le fait qu’il ne faut pas avoir peur de l’émotion. Tu vois, quand les gens me disent qu’ils adorent le monologue mais qu’à un moment il y a de la musique, moi-même je me disais la même chose, j’avais peur que les gens pensent que j’avais envie de les faire chialer, ils ne vont pas entendre ce que dit Jean-Claude, du coup… Et à un moment, tu sais quoi ? Je me suis dit que je m’en fous ! Parce que moi j’ai envie d’entendre cette musique… Sinon c’est comme si tu demandais à Hendrix de couper la distorsion quand il fait un solo. Non, il faut aller au bout et assumer l’émotion. Quand tu veux produire de l’émotion, si dans les moyens que tu as, tu as justement cette distorsion qui sonne mieux que le son de ta guitare, et bien voila, faut pas avoir peur sous prétexte que les gens vont penser que… Faut faire un film pour soit en tant que spectateur. Moi j’ai fait le film que je voulais voir. C’est surtout ça, en fait. Je prends le cinéma comme de la musique. Or, on excuse beaucoup plus l’émotion dans la musique qu’au cinéma, c’est absolument con. Dès que tu montres un peu trop d’émotion au cinéma, on se fout de toi. J’ai autant envie qu’on me procure de l’émotion quand je regarde un film que quand j’écoute un disque.
JeanClaudeVanDamme.fr - Pour le coup, le film en procure, de l’émotion !... Je reviens à ton approche de Van Damme, tu me disais que tu avais décroché un peu après Coups pour coups. Est-ce que tu as eu l’occasion de voir depuis les autres films qu’il a pu faire ?
Mabrouk El Mechri - Non non. Enfin, si, quelques uns comme Double Impact, mais pas pour le film. Je n’ai fait aucune recherche pour le film JCVD. Je ne voulais pas me taper toute la filmo. Il m’a proposé, d’ailleurs, de m’envoyer tous ses films, j’ai dit non, je restais avec mes souvenirs, avec ce que j’avais de lui quand j’avais quinze piges, et ce que j’ai de lui maintenant. Mais je n’ai pas essayé de reproduire la réalité, sinon ça s’appellerait un documentaire.
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu n’as donc pas vu les films de Ringo Lam, par exemple ?
Mabrouk El Mechri - In Hell, il faut absolument que je le voie. C’est pour Jean-Claude en tout cas un de ses films les plus importants. Donc je vais le voir. Mais là je t’avoue qu’au moment où tu fais le film, tu as bien moins le temps d’en voir… Avant j’en regardais beaucoup, bien moins maintenant. Mais In Hell fait partie des incontournables que je dois voir.
JeanClaudeVanDamme.fr - Le scénario de JCVD était apparemment déjà écrit. Tu parles d’ailleurs de film de commande, ce qui est assez honnête de ta part. Il ressemblait à quoi, ce scénario ? Il était plus comique, plus linéaire que le film final ?
Mabrouk El Mechri - Ah oui, c’était totalement linéaire. C’était dans une grande banque, sur la grande place de Bruxelles. C’était très Die Hard, la grosse équipe, quarante personnes, Alan Rickman, tu sentais le côté un peu « tout le monde sait que les flics arrivent à 8h09 », à dix on va faire péter un truc… Moi je ne voulais vraiment pas de ça. On parle de la réalité, d’une star d’action dans la réalité, mettons le dans une petite poste de merde du coin, avec des petits brigands, et pas des cerveaux. Il y avait un truc qui était paradoxalement très hollywoodien… Pourtant, je suis fan, hein, de Die Hard, j’adorerais faire un film avec Jean-Claude sur un truc bigger than life, mais ce n’était pas le sujet ici. Donc j’ai tout ramené à une échelle beaucoup plus humaine, de voisinage.
JeanClaudeVanDamme.fr - Il paraît que dans tes films, y compris tes courts-métrages (que je n’ai pas vus), tu ne t’inscrits jamais dans un genre.
Mabrouk El Mechri - Non, je ne crois pas aux genres.
JeanClaudeVanDamme.fr - Penses-tu que ça a pu déstabiliser le spectateur ?
Mabrouk El Mechri - Forcément. Mais tu sais, moi en tant que spectateur, si je paye neuf euros c’est pour être déstabilisé. Je n’ai pas envie de voir un truc auquel je m’attends, ça sert à quoi ? Il faut qu’il y ait la juste balance entre tes attentes et la surprise, et c’est ça qui peut faire des succès incroyables. Mais tu sais, « l’échec commercial », entre guillemets, je l’ai plutôt bien vécu puisque j’ai fait le film que je voulais faire. Jean-Claude aussi. Tous les protagonistes qui ont participé à ce film aussi. Après, la rencontre avec le public repose tellement sur des facteurs qu’on n’arrive pas à déterminer… S’il y avait une formule du succès, on serait tous milliardaires et tout le monde le saurait. Mais… Les raisons pour lesquelles un film ne marche pas ne sont pas les raisons pour lesquelles tu fais un film. C’est ça qui est dur à encaisser, et c’est pour ça que je te dis que je n’ai pas plus de problèmes que ça… Tu sais, toutes proportions gardées, Raging Bull et Rocky II sortent au cinéma à deux mois d’intervalle. Il y en a un qui cartonne au cinéma et ce n’est pas Raging Bull. Et je défie quiconque de me dire que Raging Bull n’est pas mieux que Rocky II. Pourquoi on fait un film ? Pour que ça cartonne ou bien pour que dans dix piges, ça tienne encore la route quand on le revoit ? Voila, je suis plutôt sur la deuxième option.
JeanClaudeVanDamme.fr - Les critiques, en plus, sont excellentes sur JCVD dans le monde entier.
Mabrouk El Mechri - Oui oui, mais en plus, ce que j’adore, c’est que ces critiques sont bonnes sur des faits objectifs : c’est indéniable que Jean-Claude est un putain d’acteur ! Qui peut dire le contraire ? Mais pour avoir vu le film aux Etats-Unis, en Amérique du Nord, ils ont une lecture tellement plus sereine. Eux, « aware », ils s’en foutent. Pour eux, ça veut simplement dire « conscient ». Ils n’ont pas non plus ce truc de franglais qui traîne chez nous et qui est toujours sujet à sarcasmes. Là-bas, ils ont plus vu un film, qu’un film sur Jean-Claude Van Damme. C’était beaucoup plus serein dans la manière dont c’était perçu. Et je te garantis que ça m’a fait beaucoup de bien.
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu sais qu’être fan de Van Damme est encore aujourd’hui une bataille ! Rien qu’au boulot quand je dis que je vais rencontrer Mabrouk El Mechri, le réalisateur de JCVD, on se fout de ma gueule.
Mabrouk El Mechri - Ah oui ?
JeanClaudeVanDamme.fr - Oui oui, pas contre toi, je te rassure ! Concernant le commentaire audio, tu as l’air très à l’aise, bavard au point de parler d’une scène alors qu’on est déjà passé à la suivante…
Mabrouk El Mechri - Oui, c’est ça qui est chiant. J’ai voulu tout faire en un « one shot ».
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu aimes les bonus, les DVD, etc. ?
Mabrouk El Mechri - Ouais… Mais là, j’en ferais un autre, ce ne serait tellement pas la même chose. C’est marrant d’inscrire un commentaire audio dans un temps précis. Sur Virgil, ça me gonflait totalement. Alors on a invité toute l’équipe du film : Jalil, Jean-Pierre, Philippe Nahon, Karim, Léa, Pierre-Yves mon chef op… On était tous dans un salon et on regardait le film en balançant des vannes. C’est un instantané, un commentaire audio. Faut pas essayer de marquer d’une pierre ce que tu vas dire, et de l’ancrer dans le temps, ça ne sert à rien. Comme je te le dis, aujourd’hui je ferais un autre commentaire, et je verrais d’autres choses. Peut être aussi les mêmes encore, j’en sais rien. Mais j’aime bien ce genre d’exercice car pour moi, c’est honnête en « one shot ». Je devrais l’écouter, d’ailleurs, je dois dire des conneries de temps en temps ! Non ?
JeanClaudeVanDamme.fr - Non non… Tu as vraiment l’air, à certains moments, de découvrir le film !
Mabrouk El Mechri - Mais tu sais, c’est ça qui est incroyable, que je n’avais pas eu sur Virgil et que j’ai eu sur JCVD, c’est que je n’avais aucune attente, aucun fantasme sur le film tant qu’il ne serait pas fini. Au moment où Karim se fait buter, à la fin, par exemple, la décision de couper le son, de mettre juste une petite réverbe comme ça, jusqu’à ce qu’on ressorte de la poste, c’est une idée que j’ai eue au dernier jour de mixage. Un film n’est jamais fini tant que tu n’as pas fini de bosser dessus. J’étais curieux de voir à quoi ressemblerait mon film jusqu’à ce que j’aie terminé de bosser dessus. J’étais au mix, on était au dernier jour, je prends les écouteurs, je coupe le son et je me rends compte que ça procure beaucoup plus d’émotion de se trouver dans une espèce de truc affolé comme ça, sans aucun son si ce n’est la réverbe du coup de feu, jusqu’à ce qu’on ressorte de la poste. Et cette émotion est cinq fois plus forte que ce qu’on avait fait juste avant ! Du coup, je découvre… Car chaque étape est un outil. Tu as écrit un scénario. Tu ne te dis pas que tu as écrit Le scénario, mais juste un bon outil avec lequel tu es prêt à aller tourner. Puis tu arrives au tournage, tu as des comédiens qui te proposent des choses, un machino qui a bouffé des faillots, qui ne sent pas très bien et qui ne peut pas pousser la dolly… Le cinéma est fait de tellement de choses différentes. Tu vois le combat au glaive dans le premier Indiana Jones, par exemple ? Si Indy sort son révolver et le shoot directement, c’est juste parce que Harrison Ford avait une diarrhée. Il devait faire un combat avec lui, et un des machinistes a dit « mais pourquoi tu le shoots pas ? ». Personne ne rit sur le plateau, mais Spielberg dit OK et ça donne l’une des scènes les plus cultissimes qui soient. A partir du moment où tu fais ton deuil du truc que tu avais en tête, tu libères tout le monde : tes comédiens dans le jeu, tes techniciens, et toi-même car tu restes à l’écoute de n’importe quelle idée à partir du moment où elle est meilleure que celle qui était sur le papier.
JeanClaudeVanDamme.fr - C’est quoi, aujourd’hui, la suite pour toi ?
Mabrouk El Mechri - Là, c’est une comédie romantique… Enfin, ça ressemble pour le moment à une comédie romantique, une fois que ce sera fini je te dirai ce que c’est. C’est avec Vanessa Paradis et ça se passe à New York… Puis j’ai d’autres projets, sûrement avec Jean-Claude.
JeanClaudeVanDamme.fr - Cette idée de western, notamment ?
Mabrouk El Mechri - Ouais, un western spaghetti.
JeanClaudeVanDamme.fr - Mais c’est un truc sur lequel tu travailles vraiment ?
Mabrouk El Mechri - Oui oui ! Tu sais, moi j’adore me lever le matin et griffonner des notes. A force, au bout d’un an et demi à ce rythme, tu vas te retrouver avec un scénario. Jean-Claude a une tête de western spaghetti, il a le recul pour jouer ça, et Karim et Zinedine aussi. Zinedine a une tête d’indien. Ou de mexicain hors-la-loi. Les trois ont tellement bien marché ensemble, il y a une telle alchimie, je serais vraiment con de ne pas remettre le couvert ! Mais comme je disais, il faut nous laisser un peu de temps. On s’est vu la semaine dernière, il m’a montré un peu Full Love, on a besoin de vivre un peu, et de se retrouver plus tard. Mais je suis à peu près certain qu’on retravaillera ensemble. Je suis un mec plutôt fidèle quand ça se passe bien…
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu peux nous dire quelque chose sur Full Love ?!!!!
Mabrouk El Mechri - Ah ! Alors Full Love, c’est… Non. Non non non ! Tout ce que je peux dire, c’est que c’est très étonnant (ndlr : Hors interview, Mabrouk a ajouté que la photographie du film était absolument magnifique).
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu sais ce qu’il compte faire après ?
Mabrouk El Mechri - Je crois qu’il y a Universal Soldier III ? Mais après, je ne sais pas…
JeanClaudeVanDamme.fr - Tu es au courant qu’il a refusé de jouer dans le prochain film réalisé par Stallone ?
Mabrouk El Mechri - Oui il m’avait dit… Je crois qu’ils ne se sont pas entendus sur le rôle. J’ai entendu ça, ouais. Stallone a entendu parler de JCVD et s’est dit que ça y est, Jean-Claude a la côte mais je ne sais pas plus, on n’a pas été plus en détails. On a surtout parlé des retours qu’il avait eu sur JCVD et il a évoqué ça, effectivement.
JeanClaudeVanDamme.fr - Qu’en est-il de la promo américaine que Van Damme aurait annulée au dernier moment ?
Mabrouk El Mechri - Ah ! Le fameux chien ?
JeanClaudeVanDamme.fr - C’était vrai, cette histoire de chien ?
Mabrouk El Mechri - Ouais ! Tu vas voir dans Full Love à quel point il aime les chiens ! Il est très très proche des animaux, ce n’est absolument pas une connerie. Après, de le dire, est-ce que c’est intéressant, c’est un autre problème. Mais bon, c’est Jean-Claude, et c’est quelqu’un de plutôt honnête là-dessus. Est-ce que sa présence aux Etats-Unis aurait changé quelque chose, j’aurais tendance à dire que oui, parce qu’il faut faire la promo des films, surtout quand on en est fier. Mais bon, c’est Jean-Claude. Avec toute l’affection que j’ai pour lui.
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