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Entretiens > Guy Zerafa
Guy Zerafa
Ne cherchez pas, la sublime partition de Replicant, c'est lui. Compositeur attitré de Johnnie To, de Tibor Takács, mais aussi de Triangle, il nous livre quelques informations essentielles sur Replicant.

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Replicant
JeanClaudeVanDamme.fr - Parlons tout d’abord de vos débuts : comment vous-êtes vous lancé dans la musique de film ? A quel moment avez-vous souhaité travailler dans ce domaine ?
Guy Zerafa - Après plus d’une décennie à travailler avec des groupes de pop ou de rock et à les suivre lors de tournées internationales, j’ai décidé de tourner le dos à tout ça et de passer un peu plus de temps à la maison, avec ma femme et mes enfants. J’ai donc passé les quelques années suivantes à écrire des musiques de publicités pour la télévision et la radio, pour deux des plus grosses compagnies de production basées à Toronto. Malheureusement, je me suis vite rendu compte que, bien que vivant et travaillant à Toronto, j’étais toujours aussi peu chez moi. Et comme j’avais déjà connu un divorce par le passé, et obtenu la garde de mes enfants, je ne souhaitais vraiment pas revivre ce genre d’expérience et il me fallait trouver urgemment un emploi qui me permettrait de rester plus longtemps à la maison. C’est à peu près à la même période qu’un jeune réalisateur m’a invité à composer la musique de son premier film. J’étais assez intrigué étant donné mon intérêt pour les films et les bandes originales, et je me sentais en confiance en raison de mes dix années d’étude au conservatoire de musique classique. C’est à la suite de cette expérience que j’ai réellement eu envie de continuer ce job pour le restant de ma vie. J’étais en quelque sorte de retour chez moi.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous avez travaillé principalement sur des films asiatiques. Où vivez-vous ?
Guy Zerafa - J’ai eu l’occasion de travailler à Hong Kong, mais également à Pékin, Londres, New York, Los Angeles, Vancouver, et même en Bulgarie ou en Hongrie. Mais je vis à Toronto.
JeanClaudeVanDamme.fr - Comment les cinéastes de Hong Kong travaillent-ils ? Voyez-vous une différence avec les cinéastes d’autres pays ?
Guy Zerafa - Je préfère travailler avec des cinéastes asiatiques, en raison de leurs méthodes de travail, de leur vision créative aussi bien au niveau de la mise en scène que de la photographie. Ils exécutent leur travail dans des délais extrêmement courts, et toujours avec beaucoup de finesse, en dépit de budgets bien plus réduits que ceux de Los Angeles. Pourtant, un bon nombre des films asiatiques sont magnifiques une fois terminés. Beaucoup de réalisateurs asiatiques travaillent sans s’encombrer d’un script trop rigide, et fonctionnent la plupart du temps à l’instinct, en suivant simplement leur inspiration. Ils encouragent bien souvent les compositeurs à profiter de cette liberté, et à réagir eux aussi à l’instinct. Ils donnent très peu d’indications, afin de ne pas les brider, les laissent expérimenter à loisirs et imprimer leur personnalité à la partition. Au contraire des cinéastes d’autres pays, qui cherchent la plupart du temps chez le compositeur un simple exécutant capable de faire fructifier leur vision initiale du film.
JeanClaudeVanDamme.fr - Sur quelle partie du film Triangle avez-vous travaillé ? Etait-ce sur le segment de Johnnie To, de Tsui Hark ou de Ringo Lam ? Les trois segments devaient-ils être homogènes musicalement ?
Guy Zerafa - J’ai composé la musique des trois segments, en fait. Même si je sentais bien que la musique du film global se devait d’être homogène et que les trois segments devaient partager une certaine harmonie musicale et avoir des thèmes communs, il fallait que je donne à chacun une touche unique, une couleur qui ressemble au style de chacun de ces trois réalisateurs. Il fallait également que je me renseigne sur la façon dont chaque réalisateur développerait son segment, sur les ajouts qu’il pourrait apporter au film et aux développements des personnages. La musique servait en quelque sorte de feuille de route pour les trois réalisateurs, afin d’homogénéiser les différents rebondissements et retournements.
JeanClaudeVanDamme.fr - Venons-en à Replicant : à quel moment êtes-vous arrivé sur le projet ?
Guy Zerafa - Je travaillais sur un mixage à Vancouver quand j’ai remarqué le tournage d’un film dont je connaissais le producteur, John Thompson, pour avoir écrit la musique de son précédent film. Je l’ai contacté afin d’en savoir plus, et il m’a expliqué qu’il s’agissait du nouveau Jean-Claude Van Damme, intitulé Replicant, et qu’il était mis en scène par Ringo Lam. Il m’invita sur le tournage afin que je puisse rencontrer l’équipe, en me demandant d’apporter quelques une de mes partitions les plus récentes. Le lendemain, il m’invita à manger avec le monteur, David Richardson, ainsi qu’avec Ringo Lam, afin de discuter du film et de sa musique. Ringo était très impressionné par mon travail. David Richardson en fit une copie et l’inséra lors du montage sur les images. Il envoya ce montage, agrémenté de cette bande originale « temporaire », aux producteurs exécutifs à Los Angeles, ainsi qu’à Jean-Claude Van Damme. Le poste me fut alors proposé.
JeanClaudeVanDamme.fr - Quelles étaient les indications au niveau de la musique ?
Guy Zerafa - Les indications de Ringo Lam étaient vraiment minimalistes, il s’agissait plutôt pour lui de m’expliquer ses intentions, sa vision spécifique de certaines scènes clés ou qui paraissaient à ses yeux vraiment importantes. Après la livraison de la première bobine, je me suis retrouvé tout seul avec très peu de changements à réaliser.
JeanClaudeVanDamme.fr - Fallait-il faire un film typiquement américain ou bien conserver la personnalité du cinéaste ?
Guy Zerafa - Je pense qu’ils souhaitaient que Replicant ressemble plutôt à un film américain. Pourtant, ils m’ont aussi encouragé à proposer des idées plus en rapport avec ma personnalité et mon travail passé. Le vrai problème qui s’est posé à moi durant mon travail sur ce film a été les changements de montages incessants : scènes ajoutées, fin modifiée… Autant de montages qu’il y avait de producteurs, de producteurs exécutifs, sans même parler du réalisateur et de Jean-Claude Van Damme. Chacun avait sa propre idée du film et du montage.
JeanClaudeVanDamme.fr - J’aimerais que vous nous parliez de ce qui est pour moi la meilleure scène du film : la scène où le flic et le clone arrivent dans le repère du tueur. Le morceau, assez long, très opératique, mélange divers rythmes, divers instruments, et dure sans réellement que l’on s’en rende compte pour atteindre un point culminant au moment où le tueur et son clone se voient pour la première fois. Comment ce morceau a-t-il été écrit ? La scène était-elle déjà tournée ? Quelles étaient les indications du cinéaste ?
Guy Zerafa - La musique a été écrite, comme je le fais toujours, sur les images déjà tournées, tout en conservant toujours à l’esprit les thèmes principaux et les choix établis dans la palette d’instruments. Si je n’ai pas les images, j’écris rarement autre chose qu’un croquis préliminaire, un thème général. Sur cette scène, je n’avais pas de réelle indication de la part de Ringo Lam, mais j’avais plutôt une bonne vision de ce qu’il souhaitait traduire à l’écran. C’est également une de mes scènes préférées.
JeanClaudeVanDamme.fr - Connaissiez-vous Jean-Claude Van Damme avant Replicant ?
Guy Zerafa - Non, pas personnellement. A part bien entendu à travers ses précédents films. Je l’ai vu plusieurs fois pour mon travail sur Replicant, et j’ai eu avec lui de nombreuses conversations téléphoniques afin de discuter de la composition de la musique du film. Je l’ai trouvé vraiment charmant, affable, et très passionné par son travail : un vrai professionnel, très concentré.
JeanClaudeVanDamme.fr - Avec le recul, que pensez-vous de Replicant qui apparaît pour beaucoup comme le meilleur film de Jean-Claude Van Damme ?
Guy Zerafa - J’ai vraiment adoré le montage original réalisé par Ringo Lam, et j’ai été un peu plus déçu à chaque nouvelle version. Et sachez qu’il y en a eu beaucoup ! Je vous rassure, je pense qu’il s’agit malgré tout d’un excellent film et sans doute l’un des meilleurs de Jean-Claude. Mais je préférais la version originale de Ringo Lam. J’ai également été un peu déçu par le mixage de la musique, le mixeur ayant adopté des choix qui n’étaient pas les miens. Mais je n’étais pas présent lors de cette étape et ne pouvais donc pas intervenir et donner mon avis.
JeanClaudeVanDamme.fr - Pouvez-vous nous parler de cette première version du montage réalisée par Ringo Lam ?
Guy Zerafa - Avec plaisir. Le montage original de Ringo était bien plus noir, bien plus graphique, et se focalisait un peu plus sur l’horreur et le côté démoniaque de « La Torche », les premiers essais musicaux que j’avais fait abondaient d’ailleurs dans ce sens. Le film s’attardait aussi un peu moins sur les relations du flic avec sa famille, des scènes que je trouve un peu inutiles dans la version finale. D’une manière générale, il s’agissait d’un film bien plus violent, qui soulignait l’esprit sadique du tueur. Au passage, ce tueur reste aujourd’hui très réussi, et ce grâce à la direction de Ringo Lam et à l’interprétation de jean-Claude Van Damme. Je pense que les quelques notes d’humour injectées dans le film fonctionnaient bien mieux dans cette première version, car elles contrastaient justement avec le ton très noir du film. La scène d’ouverture devait donner le ton du film, mais a été dramatiquement réduite afin d’apparaître moins horrifique et plus acceptable aux yeux des spectateurs. Une autre scène qui manque terriblement, c’est celle de la naissance du clone : elle était vraiment puissante et j’ai été très surpris de constater qu’ils l’avaient coupée presque intégralement. La scène était géniale, et j’avais composé pour l’occasion un thème assez proche de celui d’Ennio Morricone dans la scène de pluie de The Mission. Puis bien sûr, le montage de Ringo Lam ne se terminait pas par les retrouvailles du clone avec la prostituée. Une fin que je n’ai jamais comprise, pour être honnête ! Je ne parviens plus à me souvenir exactement de la fin originale de Ringo Lam, elle a été modifiée tant de fois… Mais dans l’ensemble, je trouvais que le montage de Ringo avait plus de substance et de cohésion.
JeanClaudeVanDamme.fr - Avez-vous vu In Hell, le film suivant du duo Lam / Van Damme ?
Guy Zerafa - Non, je ne l’ai pas encore vu. J’aurais aimé travailler dessus, mais pour des raisons de plannings, cela n’a pas pu se faire. Pour autant que je me souvienne, je commençais la série télévisée germano-américano-canadienne Peter Benchley’s Amazon, sur laquelle j’étais engagé pour vingt-deux épisodes d’une heure.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous semblez très fidèle à Johnnie To et surtout Tibor Takács… Pouvez-vous nous parler de ces deux réalisateurs ?
Guy Zerafa - Johnnie To me donne vraiment l’impression de faire partie de son équipe de production, et a toujours montré beaucoup de fidélité à mon égard. Il fait des films extraordinaires et les travaux que j’ai réalisés pour lui ont d’ailleurs rencontré un grand succès. Il est un maître à mes yeux et je me sens privilégié d’avoir eu l’opportunité de travailler sur certains de ses films. J’espère vraiment qu’il y en aura d’autres. Quant à Tibor, je travaillerai toujours avec lui s’il me le demande. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier, en quelque sorte : il a été l’un des premiers à m’engager pour composer de la musique de film, et m’a permis de sortir du carcan de la télévision. Pour cela, je lui serai éternellement reconnaissant. En tant que réalisateur, il a un talent unique mais d’un genre très différent des cinéastes asiatiques avec lesquels j’ai pu travailler. C’est grâce à lui que j’ai pu développer ce qui est aujourd’hui mon style et qui m’a permis de me faire connaître. Il m’a toujours encouragé à m’engager dans des choses moins conventionnelles, et je lui dois beaucoup.
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