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Entretiens > David Worth
David Worth
Très prolifique dans le domaine de la série B (Lady Dragon, Shark Attack...), David Worth restera surtout comme le seul et unique réalisateur de Kickboxer, l'un des films les plus appréciés et les plus mémorables de jean-Claude Van Damme. Vingt ans après la réalisation de ce film, il accepte de répondre à nos questions.

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Kickboxer
JeanClaudeVanDamme.fr - Quels étaient les films qui vous intéressaient étant enfant ? Etiez-vous déjà attiré par le genre du cinéma d’action ?
David Worth - Les croyances et l’éducation religieuse de mes parents ne m’autorisaient pas à aller au cinéma comme j’aurais aimé le faire. La plupart des films que j’ai vus, je les ai vus à la télévision. Je n’avais pas particulièrement de film préféré, j’adorais plein de choses telles que les vieux serials comme Flash Gordon, les westerns avec Bob Steel et Johnny Mack Brown, les comédies de Laurel et Hardy. Puis tout un tas de grands films, de Notre Dame de Paris à Qu'elle était verte ma vallée. C’est à la télévision également que j’ai vu pour la première fois Citizen Kane, et cette vision a été en quelque sorte le déclencheur de mon envie de devenir cinéaste.
JeanClaudeVanDamme.fr - Le cinéma que vous développez semble cependant assez lointain du film Citizen Kane, sur lequel vous avez d’ailleurs écrit un livre.
David Worth - « Mon cinéma », comme vous le dites, est totalement à l’opposé de Citizen Kane. Mais vous savez, je n’ai pas toujours eu le choix ni fait les films que je voulais faire. J’adore réaliser et diriger un film, et à ce titre, je suis prêt à me lancer dans n’importe quel projet susceptible de m’aider à développer mes compétences. Deux de mes cinéastes favoris sont David W. Griffith, qui a réalisé plus de 450 courts-métrages, et John Ford, qui a tourné plus de cinquante westerns avec très peu de moyens. Tous deux ont du passer par là avant de pouvoir réaliser leurs chefs d’œuvres. Mais aujourd’hui, n’importe quel cinéaste qui se trouve être au bon endroit au bon moment, est reconnu comme un génie pour le simple prétexte qu’il a fait un film et l’a montré dans quelques festivals à la mode.
JeanClaudeVanDamme.fr - Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le cinéma, des études éventuelles et de vos premiers jobs dans le domaine ?
David Worth - J’ai débuté en tant qu’acteur. Tout d’abord au lycée, puis au théâtre et à la radio de l’université, ensuite dans quelques regrettables films et téléfilms. J’ai réellement commencé à travailler derrière la caméra lorsque j’étais en section cinéma à l’UCLA, étudiant l’Histoire du cinéma, la lumière, la mise en scène, le montage… Je passais mon temps à regarder des films : Godard, Truffaut, Bresson, Bergman, Fellini… J’ai fait mes premiers pas sur de petits films « arty », indépendants, « undergrounds », cela m’a permis de me familiariser avec les méthodes de réalisation et m’a appris à m’en sortir malgré un budget réduit. J’étais très influencé par le Néo-réalisme italien, la Nouvelle vague française. Du coup, tourner en lieux réels avec de la lumière naturel est rapidement devenu une habitude.
JeanClaudeVanDamme.fr - La rencontre avec Clint Eastwood a probablement été décisive pour vous. Pouvez-vous nous parler de lui, de cette rencontre, des films que vous avez faits ensemble et de votre entente ?
David Worth - Comme je le dis toujours, « ne jamais refuser un projet, même le plus petit, et toujours faire de son mieux ». Pourquoi ? Tout simplement parce que la seule et unique raison pour laquelle j’ai rencontré Clint Eastwood et travaillé avec lui, c’est parce qu’il a vu trois tout petits films que j’avais éclairés, mis en scène, et montés : Deathgame, A Great Ride et Hollywood Knight. Les budgets réunis de ces trois films n’excédaient pas le demi-million de dollars. Mais j’ai fait mon travail sérieusement, du mieux que j’ai pu, et c’est ce que Clint a pu constater en les voyant. L’année pendant laquelle j’ai travaillé avec Clint a été l’une des plus enrichissantes de ma carrière et même de ma vie. Nous avons tourné deux films à la suite ensemble, Bronco Billy et Doux, dur et dingue et nous nous sommes très bien entendu. Une belle entente dans le travail notamment parce que nous aimions tous les deux travailler vite et bien. Sur Bronco Billy, j’ai choisi d’éclairer absolument tous les décors sans exception. De cette façon, Clint pouvait diriger sa caméra dans n’importe quelle direction sans que je lui fasse perdre du temps à changer systématiquement la lumière. C’était mon premier travail sur un gros film (gros budget, gros studio, avec une énorme star), et grâce à moi et à ma méthode nous avons gagné plus de deux semaines et demie sur le planning. C’est pour cela que Clint m’a engagé de nouveau, cette fois pour Doux, dur et dingue. Nous nous sommes encore une fois éclatés dans ce trou du Wyoming, avec Clyde l’orang-outan, et plusieurs stars du western.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous avez travaillé en tant que directeur de la photographie. A quel moment avez-vous décidé de faire de la mise en scène ? En quoi votre travail de chef opérateur vous a-t-il aidé ?
David Worth - J’ai toujours voulu devenir réalisateur. J’ai débuté en tant que chef opérateur et monteur dans le seul but de progresser, de devenir le plus compétent possible derrière la caméra, aux éclairages et en postproduction, avant de passer au stade de metteur en scène. C’est une formation que je recommande à tout le monde : passer par les étapes de l’éclairage et du montage a été une aide formidable. Cela permet d’apprendre très exactement ce qu’une caméra est capable d’enregistrer, de savoir exactement ce dont vous aurez besoin pour chaque scène une fois dans la salle de montage.
JeanClaudeVanDamme.fr - Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre avec Jean-Claude Van Damme ? Avez-vous vu en lui une future star ?
David Worth - J’ai rencontré Jean-Claude Van Damme sur le tournage de Bloodsport et j’ai immédiatement été subjugué par son charisme. Comme je le dis souvent à ceux qui me questionnent sur le sujet : Jean-Claude, c’est celui qui a introduit l’art dans le cinéma d’arts-martiaux, mais c’est aussi celui qui, grâce à son physique et son charmant accent, a ouvert ce genre à un nouveau public, celui des femmes !
JeanClaudeVanDamme.fr - Pouvez-vous nous parler de votre travail sur Bloodsport, notamment avec le réalisateur Newt Arnold ?
David Worth - Tout le monde a travaillé très dur sur Bloodsport. Je savais que Newt était par le passé un chef opérateur réputé et qu’il avait travaillé sur les films de Sam Peckinpah ou William Friedkin, j’étais donc très excité à l’idée de bosser avec lui. Cette fois là encore, j’ai éclairé le plateau entier du Kumité. La semaine où nous avons filmé les combats, nous avons atteint une moyenne de soixante-dix plans tournés par jour… Le tournage a duré quarante-deux jours à Hong Kong et nous avons enregistré près de 80 kilomètres de pellicule ! Newt souhaitait avoir énormément de matériel pour son montage, et j’étais ravi de pouvoir le lui fournir. Chaque combat a été intégralement filmé, avec trois caméras qui enregistraient des plans larges. Puis ces trois caméras étaient rapprochées et la première filmait l’un des combattants, la seconde filmait son adversaire, tandis que la troisième filmait les deux en même temps. Ensuite, je montais sur la natte près des acteurs afin de m’assurer qu’il ne manquait rien. Enfin, nous tournions les plans au ralenti (48 à 96 images par seconde), en pleine lumière, principalement pour le KO final de chaque combat. Cette équipe de Hong Kong était très certainement l’une des trois meilleures équipes avec qui j’ai eu la chance de travailler. Les deux autres sont celle de Clint Eastwood, mais aussi celle que j’ai eue en Israël sur le tournage de Chain of Command, un film avec Michael Dudikoff.
JeanClaudeVanDamme.fr - Comment était l’ambiance à la Cannon à l’époque ? Avez-vous rencontré Menahem Golan et Yoram Globus ?
David Worth - A ce moment là, Golan et Globus étaient aussi infâmes que légendaires à Hollywood. Mais si je me souviens bien, je ne les ai rencontrés que bien après le tournage, quelques années plus tard en fait. Pendant la post-production de Kickboxer, j’ai trouvé un peu par hasard un document présentant le box-office des films de la Canon, les budgets et recettes de tous leurs gros films. Il y avait des douzaines de films à 20 ou 30 millions de dollars, mettant en scène de très grosses stars, qui n’étaient jamais rentrés dans leurs fonds et qui avaient perdu beaucoup d’argent. Tout en bas de la liste, il y avait un tout petit film de karaté budgété à 2.3 millions de dollars. Ce film, c’était Bloodsport, et il apparaissait comme le seul de la liste à avoir généré des profits !
JeanClaudeVanDamme.fr - Kickboxer est aujourd’hui un des classiques de Van Damme et l’un de ses rôles les plus célèbres. Comment êtes vous arrivé sur le projet ?
David Worth - Mark Di Salle était l’un des producteurs de Bloodsport. Il a pu constater mon efficacité sur le tournage de ce film, ainsi que mon entente avec Newt Arnold et l’équipe hong kongaise, et m’a donc proposé de « réaliser le prochain ». Kickboxer était un projet qui piétinait depuis quelque temps, et Mark souhaitait que je vienne l’aider à se dépatouiller. J’ai travaillé dessus près de six mois sans salaire ni contrat, afin de lui prouver que j’étais compétent et motivé à l’idée de réaliser le film. J’ai peaufiné le scénario, dessiné mon storyboard, mis en place des castings, rencontré l’équipe, et même travaillé sur la publicité autour du film alors qu’il était un jour annulé, l’autre jour relancé. J’ai finalement signé mon contrat de réalisateur et nous avons quitté Hong Kong. Je savais que je pourrais faire preuve de plus d’efficacité que sur Bloodsport. J’ai commencé à tourner des plans pour le générique pendant la préproduction à Bangkok. Je me suis aussi arrangé pour réduire le tournage à 36 jours (pour rappel, nous avions 42 jours sur Bloodsport) bien que nous dussions tourner dans deux pays, Hong Kong et la Thaïlande. Au final, nous avions deux fois moins de rushes que pour Bloodsport… Un intéressant travail pour un réalisateur, qui consistait à travailler bien en dessous des plannings et du budget de son film précédent !
JeanClaudeVanDamme.fr - Pouvez-vous nous parler de votre travail sur le film avec Mark DiSalle ? Pour être tout à fait franc avec vous, j’ai entendu dire que vous aviez réalisé la plus grande partie du film (si ce n’est tout le film) mais que son nom avait été ajouté comme co-réalisateur pour d’obscures raisons.
David Worth - J’ai dirigé absolument tous les plans de Kickboxer, et je suis prêt à le prouver en vous montrant mon storyboard original ! Jean-Claude Van Damme a, bien entendu, dirigé ses combats et Mark était le producteur. Le générique commençait par « Une production Mark Di Salle ». Un peu plus loin, on peut lire « écrit par Mark Di Salle », puis « Produit par Mark Di Salle ». Alors quand il m’a dit, quelques jours avant la fin du montage de ce générique, qu’il allait s’ajouter en tant que co-réalisateur, je suis resté sans voix ! J’étais totalement stupéfait ! Peut être pensait-il que les spectateurs allaient louper son nom, qui n’apparaissait « que » trois fois ?! Le plus simple pour savoir qui était le vrai metteur en scène, c’est encore d’aller sur IMDB et de comparer ma carrière de réalisateur à celle de Mr. Di Salle. Allez, assez parler de lui !
JeanClaudeVanDamme.fr - Jean-Claude Van Damme a-t-il participé au montage du film ?
David Worth - Oui, je me souviens d’ailleurs qu’il était surtout présent sur les scènes de combat. Comme le stipulait mon contrat, j’ai remis mon propre montage, mon « director’s cut », comme on dit, et laissé le reste de la post-production à Mr. Di Salle. De la même façon que pour Bloodsport.
JeanClaudeVanDamme.fr - Le personnage de Tong Po est un méchant extraordinaire. Qui en a eu l’idée et qui a décidé de le créditer en tant que Tong Po dans le générique ?
David Worth - J’avoue que je ne m’en souviens plus du tout. Je pense qu’il s’agissait surtout d’une petite blague.
JeanClaudeVanDamme.fr - Kickboxer a eu plusieurs suites. Avez-vous été de près ou de loin été approché pour travailler dessus ?
David Worth - Non, je n’ai jamais été approché, appelé, ou consulté. Si vous voulez mon avis, c’est entre autres pour cela que ces suites sont d’immondes merdes.
JeanClaudeVanDamme.fr - Avez-vous depuis suivi la carrière de Van Damme ?
David Worth - Bien sûr, je suis sa carrière depuis le début et je suis très fier d’y avoir contribué à ma modeste mesure. Nous n’avons jamais travaillé ensemble depuis, mais sait-on jamais ? Il y a quelques années, nous étions tous les deux à Sofia (en Bulgarie), lui pour le tournage de Derailed et moi pour celui de Shark Attack 3, deux films produits par Nu-Image. Je l’ai rencontré lors de la fête donnée en l’honneur de son quarantième anniversaire et je lui ai souhaité mes meilleurs vœux.
JeanClaudeVanDamme.fr - Après Van Damme, vous faites une autre rencontre déterminante avec une figure du cinéma d’action : Cynthia Rothrock. Pouvez-vous nous parler des films que vous avez tournés avec elle ?
David Worth - Rapi Films of Indonesia m’a contacté juste après le tournage de Kickboxer pour me proposer la réalisation d’un film avec Cynthia Rothrock, tourné en Indonésie mais pour une sortie internationale. La boite de production Rapi avait déjà plus de soixante-dix films à son catalogue, dont un avec Cynthia, mais aucun n’était sorti à l’internationale. C’était donc à moi de faire en sorte que le film soit vendu dans les autres pays… Et finalement, c’est le distributeur Imperial Internationally qui s’en est chargé pour les deux Lady Dragon.
JeanClaudeVanDamme.fr - Comment Cynthia était-elle sur le tournage ?
David Worth - Cynthia était géniale. Elle a eu son lot de coups durs à Hong Kong, où les artistes martiaux et les cascadeurs sont traités comme de la merde. En d'autres termes, elle était dure, motivée et prête à combattre dans la saleté et la crasse de l'Indonésie pendant des journées entières, sans entraîneur, sans salle de bain… C’était un bonheur de travailler avec une telle actrice, qui ne se plaignait jamais, qui ne se prenait jamais pour une diva. C’était une vraie professionnelle, travaillant dans les pires des conditions. Je suis prêt à travailler avec elle de nouveau quand elle veut !
JeanClaudeVanDamme.fr - Quel est le film de vous que vous préférez ?
David Worth - Mes deux films préférés en tant que chef opérateur sont Bronco Billy et China Cry. C’est en revanche plus difficile pour moi de choisir deux films parmi ceux que j’ai réalisés. Ce sont tous un peu mes enfants, je les aime tous pour différentes raison et je ne peux pas trop en choisir un au détriment des autres. Cela dit, je suis assez fier de ce que j’ai pu accomplir sur le thriller que j’ai fait avec Dennis Hopper, The Prophet’s Game.
JeanClaudeVanDamme.fr - Quel regard portez-vous sur votre carrière aujourd’hui ?
David Worth - Pour mes deux derniers films, j’ai utilisé le format HD. J’ai tourné des films pendant toute une partie de ma vie, et je dois dire qu’après cette nouvelle expérience, je suis totalement converti à ce nouveau format. J’aimerais beaucoup tourner d’autres films en HD. Cependant, depuis quelques années, j’enseigne le cinéma à des étudiants. J’ai travaillé à l’université Chapman, à l’USC, ainsi qu’à l’UCLA. Je viens d’ailleurs de terminer une année d’enseignement dans la nouvelle branche de l’université Chapman, qui se trouve à Singapour. Mon premier essai sur le cinéma (The Citizen Kane Crash Course in Cinematography) est sorti voici un an et reste disponible sur Amazon. Cela dit, je suis toujours prêt et volontaire pour aller là où, en fin de compte, il sera possible de réaliser tel film. Je suis open. Prêt pour n’importe quelle nouvelle aventure filmique !
JeanClaudeVanDamme.fr - Kickboxer est aujourd’hui encore l’un des films préférés des fans de Van Damme (recueillant sur le forum de Jeanclaudevandamme.fr 81% d’opinions positives). Qu’est-ce que cela vous inspire ?
David Worth - 81% ? Que pensent les 19 autres % des foruméens ? Comme tous les participants de votre forum, je suis un fan de Jean-Claude Van Damme depuis ses tout débuts, et j’ai eu la chance de photographier dans Bloodsport et de diriger dans Kickboxer. Il a toujours été charismatique et talentueux. Et comme je vous l’ai dit, il a apporté l’art dans les arts martiaux, ainsi qu’un public féminin qui s’est soudainement déplacé pour entendre son accent et apprécier son physique impressionnant. Il n’y a pas de semaines sans que l’un ou l’autre de ces deux films ne passent sur une chaîne de télévision. En tant que réalisateur de Kickboxer, par ailleurs mon premier vrai succès international, je suis vraiment fier du travail effectué. Et plus encore du fait que Jean-Claude, dans ce film, a pu montrer au monde qu’il n’était pas uniquement un grand combattant, mais aussi un vrai acteur, capable de jouer des scènes plus romantique. Je remercie encore tous les fans de votre forum. Qu’ils n’hésitent pas à visiter mon site web (www.davidworthfilm.com) s’ils souhaitent obtenir un exemplaire de mon livre. Je serai ravi de le leur signer !
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